Assurance récolte : pourquoi 80% des agriculteurs refusent encore de s'assurer
ASSURANCE MULTIRISQUES Votre devis gratuitLe Space, salon mondial de l'élevage, a ouvert ses portes mardi 15 septembre à Rennes, pour trois jours. Cette 40e édition intervient dans un contexte de crise agricole, marqué par la sécheresse et les canicules de l'été 2026. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a profité de sa visite pour rappeler une réalité préoccupante : 80% des 400 000 chefs d'exploitation agricole ne sont toujours pas couverts par une assurance récolte.
Un taux de couverture qui plafonne malgré les aides publiques
La réforme de 2023 a profondément changé le régime de gestion des risques climatiques en agriculture, remplaçant un système d'indemnisation étatique par un dispositif à plusieurs étages. L'État subventionne désormais à 70 % les cotisations des contrats d'assurance multirisques climatiques, notamment via des fonds européens.
L'objectif fixé par les pouvoirs publics reste ambitieux : atteindre 60% des surfaces couvertes en grandes cultures, légumes et viticulture, et 30% en arboriculture et prairies à l'horizon 2030.
Entre 2022 et 2023, les surfaces assurées avaient pourtant progressé, passant de 17 % à 23,4 %. Mais la dynamique s'est essoufflée : en 2025, le taux plafonne à 22,5%. Aujourd'hui, seuls 68 000 agriculteurs sont assurés, soit moins de 20 % des 400 000 chefs d'exploitation français, selon les chiffres présentés par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard le 4 septembre.
Le piège de la moyenne olympique et la défiance des agriculteurs
Plusieurs mécanismes expliquent cette réticence. Le calcul des indemnisations repose sur une moyenne dite olympique de la production des années précédentes. Or, à mesure que le changement climatique fait baisser les rendements, les pertes indemnisées diminuent tandis que les primes augmentent. Le député du Gers David Taupiac illustre ce phénomène : dans son département, le taux d'assurés en viticulture est passé de 80% à 20% en trois-quatre ans.
Pour les prairies, un autre problème s'ajoute : le système d'évaluation des pertes via satellite, contesté par les syndicats agricoles. Chez les éleveurs, la défiance est manifeste. Mathieu, éleveur laitier dans l'Orne, explique à France Info : "Non, on n'est pas assuré parce que ça reste quand même des années exceptionnelles. Ça représente un surcoût assez important chaque année."
Le coût reste le principal frein. Charles Fossé, président des Jeunes Agriculteurs de Bretagne, précise que pour bénéficier d'un remboursement partiel de cotisation, il faut assurer au moins 70% de sa production : "Sauf que dans nos systèmes, on a trop peu de cultures pour pouvoir assurer 70% de notre production."
Vers une assurance obligatoire ou un retour au régime public ?
Face à ce constat, Annie Genevard n'exclut pas de rendre l'assurance récolte obligatoire, une piste déjà explorée dans certains pays européens comme la Pologne ou la Hongrie. "Ne pas s'assurer aujourd'hui, c'est se priver d'un outil qui permet de dérisquer la production agricole", a-t-elle déclaré au Space.
D'autres élus privilégient une refonte plus large. Le député du Puy-de-Dôme Julien Brugerolles a déposé une proposition de loi visant à revenir à un régime public d'assurance, financé notamment par une contribution des secteurs bancaire, assurantiel et agroalimentaire liés à l'agriculture.De son côté, David Taupiac plaide pour des socles minimaux d'assurance obligatoires, afin de mutualiser les risques sur les territoires et de faire baisser les primes. Interrogée sur la fiabilité du système satellite, la fédération France Assureurs reconnaît des difficultés spécifiques à l'évaluation des prairies, sans remettre en cause l'outil dans son ensemble.
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