Le retrait de QBE bouscule le marché de l'assurance décennale
GARANTIE DÉCENNALE Votre devis gratuitLe marché de l'assurance construction traverse une nouvelle secousse. Début septembre, l'assureur d'origine australienne QBE a confirmé son intention de se retirer totalement du marché français de la responsabilité civile décennale, la garantie obligatoire qui protège pendant dix ans les propriétaires contre les malfaçons compromettant la solidité d'un ouvrage. La compagnie, présente sur ce segment depuis une vingtaine d'années, vise une sortie complète de son portefeuille d'ici la fin de l'année 2026.
Un retrait confirmé après des mois de rumeurs
La nouvelle n'est pas totalement une surprise : la rumeur d'un désengagement circulait depuis le printemps, sans confirmation officielle de la direction française de l'assureur jusqu'ici. QBE présente ce retrait comme une réorientation stratégique de son activité en France plutôt que comme une conséquence directe d'une sinistralité dégradée. Reste que le calendrier est serré pour les milliers d'artisans, d'entreprises du bâtiment et de bureaux d'études actuellement couverts par ses contrats : environ 100 millions d'euros de primes doivent arriver à échéance de renouvellement avant le 31 décembre 2026.
Ce départ n'est pas anodin au regard du poids de l'assurance construction, un marché estimé à environ 3,1 milliards d'euros de primes en 2024, dont près des trois quarts portés par la seule garantie décennale. Un tel volume ne se redistribue pas du jour au lendemain sans tensions, d'autant que la souscription en RC décennale reste un exercice technique où peu d'assureurs acceptent de se positionner sur l'ensemble des profils de risque.
Un marché déjà sous tension
Les professionnels du secteur qui suivent le dossier redoutent un effet de raréfaction de l'offre, en particulier pour certains profils jugés plus difficiles à assurer : entreprises récemment créées, activités à sinistralité marquée, ou corps de métiers déjà considérés comme sensibles par les assureurs, tels que le gros œuvre ou l'étanchéité. Le risque évoqué est celui d'artisans qui se retrouveraient sans solution de garantie décennale au 1er janvier 2027, si les acteurs restants ne reprennent pas leur activité dans des conditions équivalentes.
Pour les concurrents de QBE, la situation s'apparente à une part de marché potentiellement à saisir, mais la prudence domine pour l'instant. Reprendre un portefeuille de cette taille implique d'absorber une sinistralité encore incertaine sur des contrats en cours, ce qui explique que peu d'acteurs se soient positionnés publiquement à ce stade. Ce genre de mouvement n'est pas inédit sur ce marché volatil, où des retraits ponctuels ont déjà été observés par le passé, suivis par l'arrivée de nouveaux entrants sur des segments plus étroits, notamment celui des artisans indépendants.
Ce que les artisans doivent anticiper pour leur activité
Pour les entreprises concernées, l'enjeu immédiat est d'anticiper le renouvellement plutôt que de le découvrir à l'approche de l'échéance contractuelle. Un changement d'assureur en assurance décennale demande généralement plus de temps qu'un simple renouvellement classique, notamment lorsque l'activité présente un historique de sinistres ou relève d'un corps de métier à risque aggravé. Vérifier dès maintenant la date d'échéance de son contrat, réunir son historique de sinistralité et solliciter plusieurs devis permet d'éviter de se retrouver, l'hiver prochain, sans couverture valable pour ouvrir un chantier.
Ce mouvement rappelle aussi, plus largement, l'intérêt de ne pas isoler la décennale des autres garanties professionnelles. Une entreprise du bâtiment reste également exposée sur le terrain de la responsabilité civile professionnelle, pour les dommages causés à des tiers en dehors du champ strict de la garantie décennale. À l'occasion d'un changement d'assureur, un point complet sur l'ensemble des contrats souscrits par l'entreprise, y compris via une assurance multirisque professionnelle lorsque les garanties y sont regroupées, permet souvent d'identifier des doublons ou, à l'inverse, des zones non couvertes.
La confirmation officielle du retrait de QBE devrait clarifier dans les prochaines semaines le calendrier exact de sortie du portefeuille et les modalités proposées aux assurés en cours de contrat. D'ici là, la vigilance reste de mise pour tous les professionnels du bâtiment dont l'échéance de renouvellement se situe dans les prochains mois.
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Rédacteur spécialisé en assurance pour les professionnels et les particuliers